Plaidoyer pour le pluralisme de l'information

 

Et si, comme Francis Balle l’avait si justement rédigé, en titre de son livre en 1987 :
« Et si la presse n’existait pas ? »…
Depuis l’âge de 17 ans, la presse écrite fait partie de mon univers. Ainsi, suis-je reliée en permanence au monde, aux enjeux du monde, à la compréhension de son incroyable évolution, du fait de la mondialisation comme à son étonnante transformation, avec les nouvelles technologies. C’est à chaque fois la satisfaction de mieux comprendre, grâce aux analyses recoupées des journaux, grâce à la mise en perspective des magazines, somme toute grâce à tous les exposés de la presse écrite.

Inimaginable quotidien sans journaux

                                                                        

Talonnée par une curiosité intellectuelle qui dévore mon temps, les journaux sont, pour moi, une respiration naturelle.

Je n’ai jamais imaginé mon quotidien sans journaux.

Dans le travail de communication politique ou économique qui est le mien, la presse reste indispensable. La fonction de conseiller en communication politique et économique s’est lourdement intellectualisée et elle a rendu ces lectures incontournables. Je ne parle pas des “revues de presse” qui ont le don de m’indisposer ; je parle des journaux, du contact direct avec eux, de saisir les “unes” de tel ou tel journal, de sourire parfois des assemblages d’articles, de leur position dans la page, de saluer le courage des uns ou des autres pour leurs couvertures audacieuses, etc…
En 2011, le Net a investi les médias. Les offres d’abonnements sont même de quatre sortes : sur le Web, sur l’iPhone, sur l’iPad ou l’offre analogique traditionnelle. Cette dématérialisation actuelle de la presse écrite doit être complémentaire. La lecture sur l’iPad, ou sur un iPhone, par exemple, peut être une invitation à tenir un journal entre ses mains. Internet peut séduire là où la presse n’a pas réussi et Internet peut donner envie d’aller plus loin.


Mais lire la presse écrite est une précellence et un impératif pour toute personne qui veut réfléchir. Ce n’est jamais un geste anodin. Ce sont les mêmes personnes qui sont les amoureux des livres, de la littérature, de toutes les littératures et de la presse écrite. L’écrit fait partie intégrante de l’univers de chaque individu à des degrés différents. Dans ce nouveau monde marqué par un consumérisme permanent, par une accélération de l’information, l’écrit est à préserver. Il constitue un des derniers refuges du raisonnement et de l’esprit. Le raisonnement est de tous les âges. A 93 ans, Stéphane Hessel avec son livre « Indignez vous » en est une illustration récente et flamboyante. L’indifférence rampante serait le pire pour la génération future…
Autant l’Argentine est un pays à culture picturale ou musicale, autant la France est une terre de littérature et de l’écrit. Nous sommes des amoureux des mots à la grâce d’une langue française extrêmement riche et féconde.
Indiscutablement, la littérature, la presse écrite, les connaissances aident à acquérir une culture et surtout la possibilité de penser de façon autonome, d’acquérir les fondamentaux de l’intelligence. La presse écrite joue un rôle de boussole, de radar informationnel très utile, en ces temps de mutations.
Tour à tour formidable ouverture d’esprit, remise en cause sur les sujets, découverte de figures contemporaines, la presse ne cesse pas d’alimenter la réflexion. La presse m’a apporté tellement, depuis si longtemps, que je trouve naturel d’écrire en sa faveur et de défendre son pluralisme.


La fonction d’éclairage


La presse joue un rôle considérable dans la société. C’est pourquoi, au passage, je dis aux jeunes en général, pas seulement aux étudiants : ne lisez pas la presse, dévorez-la, faites-vous en une amie, vous n’imaginez pas combien elle va vous faire vagabonder, combien elle va vous aider et combien elle sera précieuse pour trouver votre propre chemin intellectuel. D’où cette idée lancée des « Etats généraux de la presse écrite » que j'avais initiée, afin de rechercher des solutions adaptées à notre époque, pérennes et imaginatives.
2011 sera effectivement l’année de tournants pour beaucoup et décisive pour les autres : « La tribune », « Le Parisien », « CB News » ont déjà été secoués par des crises lourdes, ces derniers mois.
Les « Etats Généraux de la presse écrite » ont plutôt été bien reçus par les intéressés car ils correspondaient à une attente forte de leur part. Certes, il y avait des interrogations et des craintes, notamment du côté des journalistes. Ceux-ci craignaient que le gouvernement, emporté par son souci de faciliter la concentration de la presse afin de constituer des groupes de taille internationale, ne soumette les rédactions à une pression accrue de la part du pouvoir économique et politique. La première partie de ces « Etats généraux de la presse écrite » a eu lieu, avec les carences que l’on sait. C’est déjà un premier pas. Peut-on encore aujourd’hui espérer ? Je le pense. Il faut s’adapter à ce monde qui change, à ce monde de plus en plus imprévisible.
L'évolution de la presse s’accompagnera-t-elle obligatoirement d’un mouvement de concentration ?
La presse doit-elle devenir une presse d’industrie ?
Comment défendre le pluralisme de la presse écrite ?
Comment susciter la création de nouveaux titres et préserver ceux qui existent ?
Comment harmoniser la presse écrite dans sa forme traditionnelle et la presse écrite reproduite sur le Net ?
Quel financement pour la presse écrite ?
Comment assurer la relève générationnelle des « plumes » des journaux ?
Quelle direction pour construire la nouvelle économie des médias ?
Quelle articulation entre eux ? etc.

Ces questions essentielles appellent des réflexions, des échanges, mais aussi des réponses. Seules des réponses lucides seront les bienvenues, sans être au prix d’un reniement de l’essentiel : la liberté. J’aurais d’ailleurs pu intituler ces « Etats généraux de la presse : “Les Etats généraux de la liberté de l’information”. Pourquoi pas ? C’était l’idée. La défense de la liberté a toujours été une valeur fondamentale et elle le sera demain avec d’autant plus de force émotionnelle que les temps économiques des médias seront difficiles. Un journal est une alchimie de confiance partagée entre les journalistes et le public. La presse doit garder sa fonction d’éclairage d’une opinion publique qui s’interroge.


Démentir la sinistre prédiction de Céline


Il convient de s’en féliciter : notre société contemporaine a vu se cristalliser une étonnante maturité informationnelle dans l’opinion publique. L’homme de la rue est de plus en plus informé, au courant de l’actualité, de ses enjeux. Les citoyens ne sont ni déconnectés, ni indifférents. Ils s’intéressent, ils cherchent les informations, ils participent aux débats. C’est une chance pour notre pays. C’est une espérance dans l’individu qu’il faut développer. Le monde bouge. Les Français ne sont pas contre le mouvement, les changements, les réformes. Ils veulent les comprendre, ils veulent mieux comprendre ce nouveau monde, pour mieux s’adapter. La presse, par ses analyses, ses mises en relief de points fondamentaux, contribue à les éclairer. Elle participe à la vie de la cité.
Je plaide pour que le sujet des médias et de la presse écrite donne lieu à une démarche plus large et plus ouverte. Dans un état d’esprit “voltairien”, j’intercède pour une réflexion-action qui soit un élan. Une suite qui rassemble les journalistes, les lecteurs, les publicitaires  qui sont au coeur du futur économique des médias, les éditeurs, les intellectuels, consciences de notre pays, les étudiants, toutes les bonnes volontés. Rien n’est jamais perdu d’avance.
Alors, naturellement, je pense à Zola et à son “J’accuse” qui traverse le temps et sert de référence, à Pierre Viansson-Ponté, à ses chroniques au Monde, à ses livres, à cette journaliste russe, Anna Politkovskaïa, assassinée à Moscou en 2006. Dans cet esprit, il faut combattre les propos de Louis-Ferdinand Céline dans « Voyage au bout de la nuit », lorsqu’il se mettait à provoquer chacun, avec son : “A quoi doit penser le bon journaliste ? A rien”. “Vous n’êtes pas venu ici pour penser, mais pour faire des gestes qu’on vous commandera d’exécuter. Nous n’avons pas besoin d’imaginatifs dans notre usine. C’est de chimpanzés dont nous avons besoin. Un conseil encore. Ne parlez jamais de votre intelligence ! On pensera pour vous mon ami : tenez-vous le pour dit.”….Je pense à tous les journalistes présents et aux étudiants-journalistes qui rêvent eux aussi à demain où l’information  comptera toujours, pèsera encore. C’est   en  ma  qualité  de  communicante  que  je  déclare  mon  soutien  à  la  presse  écrite  et  aux  médias.  Je  crois  qu’il  nous   faudra “réinventer  les  demains  de  l’information".


Un capital à préserver et une responsabilité collective


Le Président de la République française est le garant des libertés publiques. Tous les Français, au premier rang duquel le Président de la République, se doivent de tenir une promesse à la France au niveau de ses médias et de l’information. Les médias sont un thermomètre démocratique, un symbole puissant. Nous sommes la France. Nous avons été souvent une terre de Lumières, de progrès social. Nous sommes cités en exemple partout dans le monde pour les Droits de l’homme, comme pour celui de la liberté d’information. Tout au long de son histoire, notre pays n’a cessé de lier son destin à la cause de sa culture, aux lettres, à la pensée. Si nous sommes fiers de notre histoire, nous devons être fiers de notre futur. L’adaptation aux nouvelles technologies, la recherche de solutions, la préservation de notre patrimoine culturel et informationnel, le souci de conserver une information de qualité, tous ces éléments constitutifs seront la marque de notre excellence et de notre différence, de notre capacité à anticiper… C'est une responsabilité collective.

 

 GHYSLAINE PIERRAT
Docteur en communication politique et économique

Mis à jour (Mardi, 05 Avril 2011 19:58)

 

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